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 La situation du lecteur dans les romans de Michel Butor

         
Chamsse Kamar
modratrice



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: , La littrature franaise et arabe
: L'criture et la lecture
: 03/05/2008

: La situation du lecteur dans les romans de Michel Butor    2 2010 - 10:44


Auteur : Nadia BIROUK


La situation du Lecteur dans les romans de Michel Butor




Michel Butor

Les romans butoriens tracent litinraire dun futur lecteur conscient de son acte de lecture, capable dassumer son rle narratif et de saisir ses nuances smantiques. Ce qui fait le gnie de Butor cest sa manire de maintenir le lecteur en veil laide dune communication rciproque implicite ou explicite renforant le pacte de lecture. Ce contact incarne la prsence flagrante des lecteurs envisags qui se manifestent dans le texte par des indices nonciatifs, qui les interpellent et les impliquent afin de participer la production du sens en assurant linteraction : auteur/ texte/lecteur.
Avec butor la lecture prend un autre vecteur, elle devient une opration difficile, une stratgie travaille davance sous des objectifs prcis en se basant sur les effets langagiers et leur pesanteur smantique qui exploitent bien sr, les six fonctions du langage et qui mettent en valeur le lecteur rel qui doit recevoir le message et analyser ses codes. Lnonc entre ainsi dans un jeu de ngociation de sens o la reprsentation de soi dbute par la confirmation de soi et finit par la dcouverte de soi. Une dcouverte douloureuse mene par une production lacunaire ncessitant dautres productions capables de combler ou de complter un vide droutant que lauteur prtend oublier ou ngliger pourvu quil pousse ses destinataires ragir sa place.
Le lecteur devient le centre dintrt de toutes oprations discursives, la cible et lobjet dune nouvelle cration artistique, voire le futur lecteur- auteur charg dcrire et de lire son propre texte littraire.

Certes butor a essay tout au long de ses critures romanesques de rpondre la question : qui parle ? Il a essay dintroduire une nouvelle vision ou une nouvelle stratgie de lire, mais il a toujours confirm la difficult dassumer cet acte et la complication de cerner la polyvalence et la polysmie dun texte littraire.
De l le rcit butorien met en relief le destinataire concret ou abstrait, il se modifie en fonction de ses attentes, de ses penses, de ses crises et ses dlires. LEmploi du temps, La Modification et Degrs montrent des situations de crise relatives toujours la production dun nonc ou sa mmorisation ; un travail mental acharn pour aboutir lillustration dun protagoniste gar entre ses maux, ses dcisions et ses tourments
Jaques revel sefforce de fuir Bleston mais il la trouve dans ses cauchemars, dans ses rflexions, dans la manipulation de son plan et dans ses notes quotidiennes. Lon Delmont prend son train pour refaire sa vie, pendant son trajet il mdite et repense son pass, vers la fin de son voyage il dcide dabandonner ses projets et de reprendre sa femme et ses enfants. Degrs avec ses trois narrateurs trace la difficult dcrire ou de dcrire une sance de classe, il symbolise notre embarras devant un nonc dilatant et flexible, notre situation dlicate une fois chargs de rcrire un texte tripl et inachev.
Chaque roman reprsente la crise des personnages, des lecteurs en vertige et les attentes dun auteur trop ambitieux esprant dcouvrir un lecteur modle qui comprend et qui rpond ses messages.

Dans cette partie, nous allons mettre en relief les diffrentes situations du lecteur, virtuel ou abstrait, concret ou rel, modle, postul ou envisag. Nous essayerons dillustrer avec des exemples la difficult de prciser qui parle ? Combien avons-nous de lecteurs ?









1. Le lecteur virtuel

Le lecteur virtuel, cest le destinataire implicite du texte qui assume la fonction du narrataire jouant le rle du personnage et assurant la communication avec le lecteur rel. Il renvoie lensemble des instructions du roman sur la manire dont il doit tre lu. Il reprsente aussi les stratgies par lesquelles une uvre conditionne sa lecture.[1] A la diffrence des types de lecteurs dont il a t question jusquici, le lecteur implicite na aucune existence relle. En effet, il incorpore lensemble des orientations internes du texte de fiction pour que ce dernier soit tout simplement reu. [2]

Dans degrs, nous avons une multitude de lecteurs virtuels ce qui complique linteraction texte/ lecteur ; cela se manifeste dans le changement dinstance narratrice, dans le ton de communication entre les narrateurs qui prennent la parole tour de rle afin de nous raconter la mme histoire, selon leur position et leur statuts. le premier narrateur qui est aussi un personnage du rcit incarnant le rle du professeur, illustr par la premire personne du singulier, vouvoie ses destinataires en occupant une position suprieure par rapport eux puisquil est plus inform et plus construit queux: Votre livre ne vous dira rien. Je vous ai dj demand de le fermer, comme votre cahier, pendant la rcitation des leons. (p.35)

Le second narrateur qui abandonne sa place de destinataire devient son tour un narrataire et un personnage du rcit assumant le rle de llve : "Lan dernier, tu nas pas fait cette lecture tes lves de seconde, mon frre Denis en particulier, tu nas pas consacr une leon entire la dcouverte et la conqute de lAmrique. (p.133) Ce narrataire ne tardera pas lui aussi cder la place un autre, qui utilisera de nouveau le je comme instance narrative : Je me suis remis, vous allez voir, tout va recommencer ; cette fois, je crois que jai vritablement dmarr. (p.338). De l la situation du lecteur virtuel reste confuse surtout lorsquil joue plusieurs rles ou lorsquil est le narrateur -personnage. le lecteur abstrait[3][ reprsente galement, le lecteur concret quand il le prend pour un destinataire postul: Je me rends compte qu plusieurs reprises jai parl de nous sans parler de lui, contrevenant ainsi la rgle de narration que je mtais impose au dbut afin de parvenir te dcrire cette classe dans tout son volume. (p.114)

Cette version dclenche des questions trs intressantes car pour la premire fois, nous avons du mal distinguer celui qui parle. Nous savons que Butor envisage un futur lecteur, un lecteur capable de rcrire son histoire et dy participer. Nous assistons ainsi une multitude de voix qui pntrent lnonc narratif travers des versions qui font cho en bouleversant les lecteurs: -Tais- toi, il nous regarde. -Cest toi qui parles. (p.380). vers la fin du roman nous sentons la ncessit de rpondre la question : qui parle ? Une interrogation sans rponse qui clt un texte sans fin : Ton oncle Pierre ncrira plus ; cest moi qui te dirai que ce texte est pour toi, et cest Micheline Pavin que jen ferai dpositaire. Vous tes tous deux penchs sur son lit. Il a les yeux ouverts, mais cest vous quil regarde, il ne fait pas attention moi. Je le salue, il murmure : qui parle ? (p.389)
Dans LEmploi du temps, nous ne jouons pas exactement le rle que lauteur nous attribue, mais nous pouvons vivre les effets du personnage malgr sa potentialit ; le je nous met dans la peau du narrateur et nous procure son Moi qui nous captive sur le champ, ici le narrataire assure la fonction communicative entre lnonc et le lecteur dit rel. Il illustre la difficult de progresser dans sa lecture, tant que le texte lu tourne en rond sans jamais avancer, tant que le dbit narratif est cho- phonique, voire rptitif: Ctait comme si je navanais pas ; ctait comme si je ntais pas arriv ce rond-point, comme si je navais pas fait demi-tour, comme si je me retrouvais non seulement au mme endroit, mais encore au mme moment qui allait durer indfiniment, dont rien nannonait labolition ; et fatigue, le sentiment de la solitude, tels de longs serpents de vase froide, senroulaient autour de ma poitrine ; lcrasant si fort que mes mchoires se crispaient, que mes yeux sentouraient de rides ardentes, tandis que le ciel se chargeait. (p.46)

Dans LEmploi du temps, Jaques Revel pour dcouvrir Bleston, passe son temps crire et lire son texte esprant dcrypter les secrets dune ville nigmatique. Ce travail dstabilise notre lecteur virtuel puisquil ne peut prciser les vnements ; les indications temporelles sont loin dillustrer le fait, de le lire ou de lcrire car lun implique lautre ] en aot, chaque lundi, avant de me mettre mon texte, jachevais de lire ce que javais crit pendant une semaine du mois de juin, et maintenant, continuant ce mouvement, je lis les pages de Juillet, mais non plus le lundi, le mardi seulement, car le 1er septembre, encore tout tourdi par la violence de ton choc, Bleston, cest lui quil ma fallu mefforcer de circonscrire. (p.370). [Cette confusion nous pose problme dans la mesure o le lecteur abstrait est reprsent dans ces tats critiques. Dabord, il essaie de chercher un gte, il passe normment de temps lire des annonces dont il ne matrise pas la langue Je me demandais mme si je navais pas pouss le scrupule un peu loin : dix adresses, ntait-ce pas beaucoup trop ? Etant donn la modestie de mes exigences, ntais-je pas sr que celle de ma prochaine demeure se trouvait parmi les cinq ou six premires ? (p.56) Ensuite,il dcide de dcouvrir Bleston laide dun plan qui finira par brler dans un geste de colre ; mais il achtera un autre par la suite qui ne peut lui servir grand-chose : Jtais impatient pendent le trajet ; je retournais et dpliais sur mes genoux mes deux plans et mon journal, les parcourant du regard, sans pouvoir ; cause des cahots, fixer un dtail avec attention. (p.53)

La lecture devient un refuge, une manire dviter Bleston ou de se comprendre; pourtant cette lecture ne peut sauver un lecteur gar et perdu, elle ne fait quaccentuer sa perte : Une affiche de journal mavait men vers le roman policier de J.C. Hamiltan, Le Meurtre de Bleston, et la lecture de celui-ci vers le Vitrail du Meurtrier qui, lui-mme, avait provoqu cette conversation dont les derniers mots me conseillaient daller vers La Nouvelle Cathdrale ; ctait comme une piste trace mon intention, une piste o chaque tape, on me dvoilait le terme de la suivante, une piste pour mieux me perdre. (p.103) Jaques Revel est un lche qui se cache derrire les murs de bleston, exactement comme nous lecteurs drouts par un roman qui nous prend en dfi, nous ne pouvons faire face un texte qui nous perturbe et nous bloque. Jaques Revel, comme nous, est une proie dun espace psychologique cach au fond de lui-mme ; incapable dassumer ses actes, incapable de sexprimer et lorsquil dcide enfin de parler cest Bleston qui prend la premire la parole. Cest elle qui le classe, le menace et le met en drision : Je suis bleston, Jaques Revel, je dure, je suis tenace !et si quelques maisons scroulent, ne va pas croire pour autant que je tombe en ruine () regarde, Jaques Revel, rien ne ma recouverte, rien ne ma fait reculer, regarde comme je suis encore toute neuve. (p. 306)

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