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 ACCEPTE LE MONDE

         
sanaa117




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: 24
: 05/09/2010

: ACCEPTE LE MONDE    13 2010 - 8:21

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent.

Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l'envoya auprs d'un Vieux Sage.



Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie , demanda le Prince.



Mes paroles s'vanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, rpondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les prceptes indiqus sur chacune d'entre elles. Un besoin irrsistible te poussera les suivre. Ne cherche pas t'en dtourner, car tu serais condamn revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t'en dire plus. Tu dois prouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi.



Le Vieux Sage disparut et le Prince s'engagea sur le Chemin de la Vie.

Il se trouva bientt face une grande porte sur laquelle on pouvait lire CHANGE LE MONDE .



C'tait bien l mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d'autres ne me conviennent pas.



Et il entama son premier combat. Son idal, sa fougue et sa vigueur le poussrent se confronter au monde, entreprendre, conqurir, modeler la ralit selon son dsir. Il y trouva le plaisir et l'ivresse du conqurant, mais pas l'apaisement du coeur. Il russit changer certaines choses mais beaucoup d'autres lui rsistrent. Bien des annes passrent.

Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande :



Qu'as-tu appris sur le chemin ?



J'ai appris, rpondit le Prince, discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m'chappe, ce qui dpend de moi et ce qui n'en dpend pas .



C'est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui chappe ton emprise. Et il disparut.

Peu aprs, le Prince se trouva face une seconde porte.

On pouvait y lire CHANGE LES AUTRES .



C'tait bien l mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d'amertume et de frustration.



Et il s'insurgea contre tout ce qui pouvait le dranger ou lui dplaire chez ses semblables. Il chercha inflchir leur caractre et extirper leurs dfauts. Ce fut l son deuxime combat. Bien des annes passrent. Un jour, alors qu'il mditait sur l'utilit de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :



Qu'as-tu appris sur le chemin ?



J'ai appris, rpondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes dboires. Ils n'en sont que le rvlateur ou l'occasion. C'est en moi que prennent racine toutes ces choses.



Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu'ils rveillent en toi, les autres te rvlent toi-mme. Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font natre en toi souffrance ou frustration, car travers eux la Vie t'enseigne ce qui te reste apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir. Et le Vieil Homme disparut.



Peu aprs, le Prince arriva devant une porte o figuraient ces mots CHANGE-TOI TOI-MEME .



Si je suis moi-mme la cause de mes problmes, c'est bien ce qui me reste faire , se dit-il. Et il entama son 3me combat. Il chercha inflchir son caractre, combattre ses imperfections, supprimer ses dfauts, changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas son idal.

Aprs bien des annes de ce combat o il connut quelque succs mais aussi des checs et des rsistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda : Qu'as-tu appris sur le chemin ?



J'ai appris, rpondit le Prince, qu'il y a en nous des choses qu'on peut amliorer, d'autres qui nous rsistent et qu'on n'arrive pas briser.



C'est bien , dit le Sage.



Oui, poursuivit le Prince, mais je commence tre las de me battre contre tout, contre tous, contre moi-mme. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J'ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lcher prise.



C'est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d'aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. Et il disparut.



Regardant en arrire, le Prince vit dans le lointain la 3me porte et s'aperut qu'elle portait sur sa face arrire une inscription qui disait ACCEPTE-TOI TOI-MEME .



Le Prince s'tonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu'il avait franchi la porte la premire fois, dans l'autre sens.

Quand on combat on devient aveugle , se dit-il.



Il vit aussi, gisant sur le sol, parpill autour de lui, tout ce qu'il avait rejet et combattu en lui : ses dfauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux dmons. Il apprit alors les reconnatre, les accepter, les aimer. Il apprit s'aimer lui-mme sans plus se comparer, se juger, se blmer.



Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda : Qu'as-tu appris sur le chemin ?



J'ai appris, rpondit le Prince, que dtester ou refuser une partie de moi, c'est me condamner ne jamais tre en accord avec moi-mme. J'ai appris m'accepter moi-mme, totalement, inconditionnellement.



C'est bien, dit le Vieil Homme, c'est la premire Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3me porte.

A peine arriv de l'autre ct, le Prince aperut au loin la face arrire de la seconde porte et y lut ACCEPTE LES AUTRES .



Tout autour de lui il reconnut les personnes qu'il avait ctoyes dans sa vie ; celles qu'il avait aimes comme celles qu'il avait dtestes. Celles qu'il avait soutenues et celles qu'il avait combattues. Mais sa grande surprise, il tait maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs dfauts, ce qui autrefois l'avait tellement gn et contre quoi il s'tait battu. Il rencontra nouveau le Vieux Sage.

Qu'as-tu appris sur le chemin ? demanda ce dernier.





J'ai appris, rpondit le Prince, qu'en tant en accord avec moi-mme, je n'avais plus rien reprocher aux autres, plus rien craindre d'eux. J'ai appris accepter et aimer les autres totalement, inconditionnellement.



C'est bien, dit le Vieux Sage. C'est la seconde Sagesse. Tu peux franchir nouveau la deuxime porte.

Arriv de l'autre ct, le Prince aperut la face arrire de la premire porte et y lut ACCEPTE LE MONDE .



Curieux, se dit-il, que je n'aie pas vu cette inscription la premire fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu'il avait cherch conqurir, transformer, changer. Il fut frapp par l'clat et la beaut de toute chose. Par leur perfection. C'tait pourtant le mme monde qu'autrefois. Etait-ce le monde qui avait chang ou son regard ?



Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : Qu'as-tu appris sur le chemin ?



J'ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon me. Que mon me ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjoue, le monde lui semble gai. Quand elle est accable, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n'est ni triste ni gai. Il est l ; il existe ; c'est tout. Ce n'tait pas le monde qui me troublait, mais l'ide que je m'en faisais. J'ai appris accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement.



C'est la 3me Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voil prsent en accord avec toi-mme, avec les autres et avec le Monde.



Un profond sentiment de paix, de srnit, de plnitude envahit le Prince. Le Silence l'habita.



Tu es prt, maintenant, franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plnitude la Plnitude du Silence. Et le Vieil Homme disparut.



Texte de Charles Brulhart,

Dcembre 1995

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